
Il y a des lieux dont on ressort un peu différent.
Le château de Tremblay en fait partie. Pas parce qu'il impressionne. Pas parce qu'il expose des artistes contemporains. Mais parce qu'il raconte une histoire. Une vraie. Celle d'hommes et de femmes qui ont consacré leur vie à faire vivre l'art, loin des modes et des projecteurs.
En discutant avec Ghislaine Vetter, on comprend rapidement que le sujet n'est pas seulement l'exposition de l'été. Le véritable trésor du château, c'est ce qui ne s'accroche pas aux cimaises : une mémoire, une fidélité et une envie intacte de transmettre.
Tout commence avec deux amis, Jean-Louis Vetter et Fernand Rolland. Deux artistes qui, au début des années soixante, décident d'ouvrir une petite galerie dans ce château de Puisaye. Au fil des années, les visiteurs sont de plus en plus nombreux. Les artistes aussi. Les granges deviennent des salles d'exposition. Les idées prennent de l'ampleur, sans jamais perdre leur simplicité. Ici, on ne construit pas un musée. On construit un lieu de vie.
Cette dimension humaine revient sans cesse dans le récit de Ghislaine Vetter. Les artistes vivaient ensemble, leurs familles aussi. Les repas, les discussions, les créations... tout se mélangeait naturellement. Le château respirait l'art parce que ceux qui l'habitaient vivaient pour lui.
En 2007, la disparition de Jean-Louis Vetter aurait pu mettre un point final à cette aventure.
« Ce serait dommage d'arrêter cette histoire. »
Quelques mots. Pas davantage. Mais ils disent tout.
Depuis, Ghislaine Vetter poursuit le chemin. Elle accueille des artistes, imagine de nouvelles expositions et continue d'ouvrir les portes du château avec la même conviction : l'art n'a d'intérêt que lorsqu'il se partage.
Pendant le Covid, alors que le monde culturel se fige, elle refuse de rester les bras croisés. Elle crée le Salon des artistes du Centre d'art. Une trentaine de créateurs répondent présents lors de la première édition. Aujourd'hui, ils sont près de soixante. Comme une preuve que la fidélité existe encore.

Cet été, Jérôme Lavenire investit les lieux. Son installation joue avec l'immense charpente du château, les fils, les couleurs et les perspectives. Une œuvre qui ne se livre pas d'un seul regard.
« Il invite chacun à entrer dans son propre château intérieur. »
Ghislaine Vetter ne cherche pas à expliquer l'œuvre à la place de l'artiste. Elle donne simplement quelques clés, puis laisse chacun faire son propre chemin. Et c'est sans doute ce qui rend la visite si particulière.
Le château de Tremblay ne se contente pas d'accueillir des expositions. Il fait vivre une artothèque de près de 400 œuvres que chacun peut emprunter comme un livre. Tout au long du mois d'août, des ateliers permettent aussi aux enfants, aux adolescents et aux adultes de découvrir les techniques de Picasso, Miró, Marcel Poulet, Pajolec ou Kijno. Ici, l'art ne reste pas derrière une vitre. Il circule. Il se transmet.
En repartant, une idée s'impose.
Les tableaux changeront. Les artistes aussi.
Mais tant qu'il y aura des personnes comme Ghislaine Vetter pour tenir ce lieu debout, le château de Tremblay restera bien plus qu'un centre d'art.
Il restera une histoire vivante.
Emma Miredin

