Au secours, le spectre de la « peste brune » refait surface en Germanie ! Les neuf victimes de la double fusillade survenue en milieu de semaine dans la banlieue de Francfort nous le rappellent à leur manière.
Abattues froidement comme des chiens dans la rue parce qu’elles étaient d’origine étrangère. Des Turcs, des Kurdes, des réfugiés du Moyen-Orient. Bref, des gens aux us et coutumes différents des autochtones qui y vivent. Aux faciès qui ne correspondent pas aux morphotypes classiques de l’Allemand séculaire.
Les auteurs de ces meurtres élaborés de sang-froid servent ainsi les intérêts de ces relents xénophobes d’un peuple qui avait cru pouvoir expurger enfin ses vieux démons. Le racisme à l’état pur n’est fort heureusement pas l’apanage ni le lot quotidien de ces millions d’Allemands qui combattent la violence et l’insoutenable.
La multitude de manifestations spontanées, palpables dans l’ensemble du pays après ce drame, est venue en témoigner.
Pourtant, l’inquiétude gagne du terrain. Progressivement, insidieusement. Source de craintes insondables pour l’exécutif.
Sitôt alertée des conséquences de la funeste tragédie, Angela MERKEL s’est fendue d’une conférence de presse explicite pour y dénoncer ces actes barbares (ce terrorisme de l’intérieur) qui sont venus ébranler et affliger la nation dans son ensemble.
La classe politique, comme un seul homme, a eu tôt fait de réagir en s’alignant sur les propos de la chancelière pour dénoncer et condamner l’irréparable.
L’Allemagne ne veut pas revivre le cauchemar
Celui de cette trouble période de l’avant-guerre (la Seconde) où les rancœurs ont jailli par tous les pores de cet état, vaincu et humilié après la débâcle née du premier conflit mondial.
Bien sûr, de l’eau a coulé sous les ponts. Les Allemands, aujourd’hui grande puissance mondiale et ferment essentiel de la construction européenne, ont su déployer tous leurs atouts pour se refaire une nécessaire virginité. Afin de regagner la confiance et l’amitié d’autres peuples avec lesquels elle était en conflit ouvert.
C’est ainsi qu’est né au début des années 1960 l’axe franco-allemand, préalable indispensable et ô combien instructif à la construction de l’Union européenne. Un axe que le Général de GAULLE et Konrad ADENAUER avaient sublimé bien au-delà de leurs espérances.
La résurgence de cette haine ordinaire s’est soudainement accélérée à la suite de deux facteurs évolutifs. Si la chute du Mur aura fait l’effet d’un souffle bienfaiteur en termes de liberté et de démocratie parmi les esprits, la gestion de l’ex-RDA, structure étatique à fusionner coûte que coûte dans le modèle de la république fédérale de l’Ouest, sera plus difficile à digérer.
Malgré les subsides de l’Europe et en dépit de bonnes volontés humanistes, dire que l’intégration de l’ancien pays de l’ex-bloc communiste est aujourd’hui devenue une réussite ressemble à une profonde gageure !
L’ancienne république démocratique allemande s’est paupérisée. Elle enregistre toujours plus, d’année en année, un chômage exponentiel à la nuisance ravageuse. Surtout auprès des plus jeunes de ces générations revanchardes car se sentant spoliées de tous les privilèges.
Le problème est à l’Est, c’est une évidence…
Extirpée de l’influence soviétique après des années de joug, la jeunesse de l’ex-Allemagne de l’Est se sent rejetée par ses frères de l’Ouest. Faisant le terreau de la lie de la société contestataire et nihiliste : c’est-à-dire de l’émergence de groupes obscurantistes aux idéologies extrémistes qui y pullulent.
Les élections législatives organisées dans le pays en début de l’année le démontrent : jamais les ingrédients favorables à la progression de la xénophobie et du racisme le plus vil n’ont été aussi nombreux.
Le second facteur explicatif prend ses origines dans l’ouverture des frontières voulues par la chancelière elle-même. Afin de résorber la problématique de l’incessant flux migratoire qui transite par l’Allemagne avant de s’y fixer selon la provenance de ces personnes déplacées et en sursis.
Historiquement, l’Allemagne a toujours été le réceptacle d’accueil idéal pour les ressortissants venus de Turquie, de Syrie, du fantomatique « état » du Kurdistan.
Il n’y a donc rien d’étonnant que les malheureuses cibles de ces activistes soient issues de ces pays.
Ce que vit l’Allemagne en ces terribles heures après ce drame nous concerne, nous aussi, de l’autre côté de la frontière et doit nous interpeller.
La France, hormis son naturel soutien, s’est abstenue de tout commentaire superfétatoire et malvenu en ses circonstances.
Elle s’est abstenue d’ailleurs (et elle a bien fait) de donner des leçons de morale à son voisin d’Outre-Rhin quant à la manière de gérer les choses ; sachant qu’au terme de la seule année 2019, les actes racistes et xénophobes y ont augmenté de 130 % par rapport à l’année antérieure !
Thierry BRET