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Algérie : les fantômes du pouvoir rejetés par le peuple…

7 octobre 2018

Eux-aussi, ils veulent leur Printemps arabe. Sans heurts et de la manière la plus pacifique qu’il soit. Les plus anciens des Algériens sont encore traumatisés par la période de plomb qu’ils ont eu à subir dans les années 1990 au moment où le FIS (Front islamique du Salut) terrorisait à force d’exactions sanglantes les habitants des villes et des campagnes. Laissant derrière leurs actes ineptes des milliers de morts et de victimes qui seront à jamais meurtries dans leur chair.

Le risque d’une révolte populaire récupérée par les extrémistes de tout bord plane au-dessus des têtes de ces millions d’Algériens qui n’acceptent plus, pour autant, d’être sous le diktat d’un parti unique, le FNL, depuis l’indépendance du pays.

Le renoncement du président Abdelaziz BOUTEFLIKA à sa propre succession pour un cinquième mandat consécutif ne convainc donc personne. Ni parmi les arcanes élitistes de l’intelligentsia ni auprès d’un peuple, plus vaillant que jamais à s’opposer coûte que coûte à cette décision maligne.

« C’est une supercherie supplémentaire du pouvoir… claironnent haut et fort les opposants de ce régime qui tient les rouages de la vie politique et publique du pays sous son joug depuis si longtemps. Or, de semaine en semaine, le peuple gronde. Les étudiants ont été les premiers à s’engouffrer dans la brèche béante de ce mouvement contestataire qui s’étend à présent à toutes les castes de la population, y compris parmi les représentants des lobbys entrepreneuriaux et industriels de ce fleuron économique du Maghreb. 

Car, contrairement à d’autres états du monde arabe en déliquescence budgétaire, l’Algérie demeure une nation riche et puissante. Le pétrole et le gaz, mais aussi le phosphate et les mines, ont fait de ce pays un territoire à forte potentialité de développement.

Sur le papier, seulement. Comment expliquer alors que la jeunesse algérienne, une grande majorité de la composante citoyenne de cet état, ne profite pas pleinement des retombées de cette manne financière ni de ses emplois. C’est la faute du système, rétorquent les suiveurs de cette société qui est aujourd’hui à bout de souffle devant tant d’inégalités, de dérives iniques inhérentes à la corruption et d’un manque cruel de démocratie.

Comment ce peuple qui mérite autant que les autres des droits à sa liberté peut-il encore se résoudre à accorder la moindre once de confiance à un président fantôme dont l’ultime intervention publique remonte à 2013 !

Depuis que la maladie l’a frappée il y a cinq ans (AVC), le fringuant président de la République algérienne n’est plus que l’ombre de lui-même. Un vieillard cacochyme cloué au pilori dans un fauteuil roulant qui n’annone plus que quelques mots épars lorsqu’il se présente parfois en société. Ce fut le cas la dernière fois lors d’un sommet international à Alger en 2015. Mais, de manière si furtive, qu’il en fut éloigné des projecteurs médiatiques.

Bref, personne n’est dupe. Quand Abdelaziz BOUTEFLIKA s’exprime et prend la décision de se représenter à l’âge, canonique de 82 ans, à la présidence de son pays, c’est de l’esbroufe de la meilleure qualité possible ! Nonobstant, la harissa ne possède plus ses vertus gustatives épicées et son raffinement pimenté dans la sauce de ce couscous indigeste que l’exécutif tente de refourguer à la louche à ses subordonnés.    

D’ailleurs, les proches de l’élu présidentiel et son escouade de généraux aux multiples étoiles en ont parfaitement conscience. La soupe ordinaire, servie lors des précédentes campagnes électorales, est si rance et mauvaise qu’elle en est devenue peu ragoûtante. Tactiquement, le pouvoir a pris soin d’amorcer une reculade significative. Mais, en trompe-l’œil au grand dam du peuple qui n’en peut plus de ses rodomontades successives.

Car derrière, le fameux renoncement à la cinquième mandature se profile un mal désormais plus inquiétant et incurable pour la vie démocratique de ce pays : l’instauration d’une présidence de plein gré sous un mode directif et absolu.

Il ne faut pas être un devin pour comprendre que le président Abdelaziz BOUTEFLIKA n’abandonnera jamais sa charge étatique actuelle. Même s’il promet de reporter l’élection présidentielle en 2020. Une décision incompréhensible qui ne se justifie pas aux yeux des constitutionnalistes. Cela équivaut à un saupoudrage stratégique correspondant à s’y méprendre à un rejet de tout principe électoral voué aux calendes grecques !

Quant au jeu de chaises musicales qui secoue le gouvernement en cette période trouble, il ne corrobore pas le sentiment de vouloir trouver une sortie de crise négociable et juste, pouvant satisfaire la vindicte populaire.

La nasse se tend et se durcit autour de la présidence et de son représentant suprême. Qu’en sera-t-il précisément d’ici quelques jours ? Personne ne le sait avec exactitude.

Mais, le report sine die de la présidentielle en 2020, voire pourquoi pas en 2021, afin de laisser du temps à l’exécutif de trouver une parade honorable dans la succession de son leader vieillissant, n’est pas le signe positif que le peuple algérien espérait après ces semaines de protestation.

La jeunesse de la rue, et peut-être une lame de fond plus importante encore de la société civile, prendront-elles le temps d’attendre et de croire enfin que le changement de régime est envisageable ?

Thierry BRET

   

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