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Algérie : l’hirondelle ne fait pas le printemps…

7 octobre 2018

Le plus vaste pays du Maghreb (et l’un des plus riches également dans ses sols) vient de vivre la première transition fondamentale de son printemps arabe. Sans heurts, en douceur et avec la complaisance docile de l’armée. Une structure forte qui sévit parmi le pouvoir étatique, de ce régime dur et autoritaire qui jusque-là n’avait lâché que d’infimes bribes à son peuple.

Etrange paradoxe que celui-ci. C’est sur l’insistance appuyée de l’un de ses aides de camp précieux, le familier et complice général Ahmed Gaïd SALAH, que le président Abdelaziz BOUTEFLIKA a finalement rendu son tablier. De manière peu orthodoxe et en faisant abstraction de tous les falbalas coutumiers, prétextes à des mises en scène peu crédibles aux yeux de l’opinion.

Si le puissant président de l’Algérie a régné en maître absolu et totalitaire durant deux décennies, sa sortie, sobre et pitoyable, s’est déroulée sous le regard cruel et scrutateur des caméras de télévision. Précipitée, elle aura été réglée en un tour de main par ceux qui voulaient le pousser vers une cinquième mandature il y a peu.

La chute n’en est que plus irréversible encore. Boutée du fauteuil présidentiel dans lequel il n’était plus qu’une pâle figure fantomatique en déshérence, la tête de gondole du FNL n’avait nulle autre alternative à faire valoir.

Ironie de l’histoire, ce chef d’Etat qui se croyait adulé et respecté de tous, pensait rempiler au vu de son glorieux passé. Lui qui désirait atteindre l’éternité posthume dans la posture d’un président de la République immortel.

Se confondant dans de piteuses excuses et demandant pardon à son peuple qu’il aura spolié de ses droits les plus élémentaires, dont celui de la liberté d’expression, Abdelaziz BOUTEFLIKA tombe sèchement de son pinacle pour rejoindre les affres des ténèbres. Celles qui devraient auréolées désormais le cours de son existence jusqu’à son dernier souffle.

Exit le premier acte de cette tragi-comédie si pathétique. Ou un vieillard cacochyme et impotent devait endosser, à l’insu de son plein gré, et pour un ultime rappel sur la scène internationale la vêture d’un homme d’Etat dynamique et flamboyant. Face à cette mascarade du plus mauvais aloi qui se présentait à lui, le peuple algérien, dans son ensemble, a su faire bloc et ne pas avaler de couleuvres supplémentaires qui l’auraient sans doute mis en péril à brève échéance.

Une colère sourde avait ébranlé alors l’institution à l’annonce de cette énième candidature du chef de file du Front national de libération. Prouvant que ce peuple, fier et en attente de jours meilleurs, désirait bien plus encore de leur gouvernance indigente. Un « Printemps arabe » à sa manière, dont il avait tant espéré au début de la décennie lorsque d’autres pays empruntèrent ce chemin, porteur d’espoir.

Mais, pas assez mature dans ses décisions et en absence de toutes oppositions légitimes et consistantes, le peuple algérien n’avait pu alors qu’observer en silence et en serrant les poings ce grand mouvement libertaire qui se jouait tout autour de lui dans cette région du monde.

Tunisie, Egypte, Libye, Syrie…autant de nations qui auront choisi une autre voie politique que celle qui leur était imposée depuis des lustres par des pouvoirs autocratiques quasi immuables.

Malheureusement, le goût de la liberté retrouvée possède un prix. Il s’avéra très vite que ce vaste épisode de contestation pacifique et légitime fut une fois encore muselé, voire détourné de ses intentions premières.

Entraînant de facto une répression sanglante des pouvoirs en place à l’instar de ce que vécurent les Egyptiens, les Tunisiens et surtout les Syriens qui en vivent aujourd’hui de profonds stigmates. Avec autant d’incertitudes sur leur devenir…

Ne parlons pas des Libyens ! Leur pays est déchiré depuis tant d’années entre deux factions rivales qui se livrent un combat impitoyable et sans merci pour la quête de la suprématie territoriale.

Vigilant, le peuple algérien ne peut être qu’en proie aux doutes. Il sait qu’une bataille primale, sans livrer le moindre engagement de violence, vient d’être remportée. De manière inhabituelle, certes, avec le pseudo concours, façon coup de pouce et circonstanciel, de l’armée.

Mais, pour autant, loin d’être dupe, il continue à se mobiliser massivement dans les rues de la capitale et des métropoles du pays. Ils furent encore des millions ce vendredi à exprimer leur mécontentement, toujours sous le sceau du pacifisme et du respect d’autrui. Pas de blessés, pas de victimes à déplorer. Un mouvement contestataire qui redore le blason de celles et ceux qui désirent le changement en profondeur de tout univers directif ! Dans la dignité.

Oui, mais jusqu’à quand ? Car, l’inconnu prédomine dans ce dossier à multiples équations qui ne peut se résoudre en faisant machine arrière. Avec une interrogation qui apparait évidente sur le rôle de l’armée dans les jours et semaines à venir.

Renforcera-t-elle son pouvoir comme cela s’est confirmé en Egypte ? Ouvrira-t-elle largement les portes de la liberté qui permettent d’accéder à la démocratie, celle dont les Algériens aspirent depuis si longtemps ? Travaillera-t-elle en symbiose parfaite avec des représentants de la société civile ? Ou plongera-t-elle l’état d’Afrique du Nord vers une dictature radicale et encore plus imprévisible que celle de l’ancien président déchu ?

Comme le précise l’adage, l’hirondelle, en l’occurrence celle de la première victoire dans le cas présent, ne fait pas forcément le printemps arabe, équitable et libérateur pour tout un peuple qui ne vibre que pour en connaître les effets salvateurs et durables…

Thierry BRET

   

    

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