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À Auxerre, « Qui regarde qui ? » célèbre la diversité des regards et des héritages

À Auxerre, « Qui regarde qui ? » célèbre la diversité des regards et des héritages

Ambre Delcroix23 septembre 2026

Photographies : Thia Mercier & Soleria.art

À Auxerrexpo, l’exposition « Qui regarde qui ? » fait de la diversité une véritable matière artistique. Portée par la peintre d’origine éthiopienne Céline Didier et la directrice artistique d’origine mauritanienne Laura Tuku, la proposition croise peinture, musique, théâtre, danse et création culinaire. Pendant trois mois, Auxerre devient ainsi le théâtre d’une expérience où la pluralité des héritages répond à une autre forme de diversité : celle des manières de regarder et de vivre l’art.

Le 17 septembre, à l’Espace 1000 d’Auxerrexpo, le vernissage a donné le ton de cette exposition singulière. Pendant 45 minutes, les invités ont été conviés à un parcours artistique pensé comme une véritable déambulation : les portraits de Céline Didier se sont successivement ouverts au chant, au théâtre, au violon, à la danse et à la création culinaire. Une manière de faire entrer le public dans les œuvres plutôt que de simplement le placer face à elles.

À l’origine de cette proposition, deux femmes aux parcours singuliers : Céline Didier, artiste peintre autodidacte d’origine éthiopienne installée dans l’Yonne, et Laura Tuku, directrice artistique, designer et fondatrice du programme de recherche par le design FÖDASS, d’origine mauritanienne. Leurs trajectoires et leurs sensibilités se rencontrent ici dans une proposition qui célèbre à la fois la pluralité des héritages culturels et celle des langages artistiques.

Cette double diversité constitue l’une des singularités du projet. Il ne s’agit pas simplement de présenter des œuvres issues de parcours différents, mais de faire dialoguer plusieurs façons de créer, de transmettre et de percevoir. La peinture rencontre ainsi le spectacle vivant, tandis que la musique, la danse et la gastronomie deviennent à leur tour des moyens d’entrer dans l’œuvre.

Du portrait à l’expérience

Chez Céline Didier, le portrait ne se résume pas à la représentation d’un visage. Il ouvre un espace d’introspection : que révèle un regard ? Que dissimule-t-il ? Et que dit-il de celui qui observe ?

Le titre de l’exposition prolonge cette interrogation : « Qui regarde qui ? ». Une question presque élémentaire, mais qui devient ici le principe même du dispositif. Le spectateur n’est plus placé à distance devant une peinture ; il est invité à entrer en relation avec elle.

C’est là que l’intervention de Laura Tuku prend tout son sens. Sa direction artistique consiste à multiplier les portes d’entrée vers les œuvres. La voix, le mouvement, le théâtre, la musique ou encore le goût deviennent autant de langages capables de faire émerger une émotion différente.

On ne regarde donc plus seulement l’art : on peut l’écouter, le traverser, le ressentir et même le goûter.

Photographies : Thia Mercier & Soleria.art

Une œuvre qui appelle d’autres créations

Le parcours réunit la chanteuse et autrice-compositrice Tiphaine Christ, le comédien et metteur en scène Alexandre Riccitelli, le violoniste et compositeur Vincent Pagliarin, ainsi que les danseuses Dany Mariquez et Olivia De Carvalho.

L’un des moments forts du vernissage repose sur la découverte, par Tiphaine Christ, d’un portrait réalisé à partir de ses propres paroles, resté secret jusqu’à cette rencontre. Sa découverte déclenche une interprétation improvisée : l’œuvre picturale devient alors le point de départ d’une nouvelle création.

Le parcours s’ouvre également à une autre forme de perception avec BANAME, dont la création culinaire introduit le goût comme nouveau langage dans l’expérience. La gastronomie ne vient pas simplement accompagner l’exposition : elle participe elle aussi à la construction d’une mémoire sensible.

Chaque discipline apporte ainsi son propre vocabulaire, sans chercher à expliquer ou à enfermer les tableaux dans une interprétation unique. C’est précisément cette liberté qui donne au projet sa dimension contemporaine : faire circuler le sens d’un langage artistique à l’autre.

Une autre manière de regarder l’art à Auxerre

C’est finalement ce double mouvement qui fait l’originalité de « Qui regarde qui ? ». Diversifier les regards, c’est aussi diversifier les récits et les manières de créer.

À travers les parcours des artistes, l’exposition donne à voir une pluralité culturelle. À travers les disciplines convoquées, elle propose simultanément une pluralité esthétique. Peinture, spectacle vivant, design, musique, danse et gastronomie ne sont plus des univers séparés : ils deviennent les différentes composantes d’une même expérience.

Pour un territoire comme l’Yonne, cette proposition témoigne aussi d’une scène culturelle capable d’accueillir des expressions artistiques venues d’horizons différents et de les inscrire dans une rencontre avec les publics locaux. La diversité n’est donc pas seulement représentée : elle est mise en pratique.

Informations pratiques

« Qui regarde qui ? »

  • Dates : du 17 septembre au 17 décembre 2026
  • Lieu : Auxerrexpo – Espace 1000
  • Adresse : av des Plaines de l’Yonne, 89000 Auxerre

Ambre Delcroix

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