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À Auxerre, la joaillerie retrouve les gestes et les murs de son histoire

À Auxerre, la joaillerie retrouve les gestes et les murs de son histoire

Emma Miredin18 septembre 2026

Il était venu presque par hasard. Il est resté pour un bâtiment, une histoire et finalement une certaine idée de son métier. En installant une partie de son activité de joaillerie à Auxerre, Benoît n’imaginait sans doute pas trouver un lieu aussi intimement lié à l’artisanat qu’il pratique.

Tout commence par une visite sans rapport avec un projet d’installation. Venu pour une transaction autour d’un bijou ancien, il lève les yeux sur l’immeuble avec un ami, alors directeur d’un CFA de bijouterie. Certains détails les intriguent : des coffres installés dans les étages, d’anciens équipements, des trappes permettant autrefois de communiquer entre la boutique et l’atelier…

Les recherches commencent. Les héritiers de l’ancien propriétaire confirment que, dans leur mémoire familiale, le lieu a toujours abrité des activités liées à l’horlogerie ou à la bijouterie. D’autres passionnés se penchent sur l’architecture. Peu à peu, une évidence s’impose : ce bâtiment du vieil Auxerre porte depuis très longtemps l’empreinte de ces métiers.

Pour un joaillier formé dans la tradition des ateliers parisiens, difficile de résister. Le bâtiment est racheté puis restauré. « Installer des ouvriers qui travaillent le bijou ancien à l’ancienne dans un bâtiment qui a toujours été dans le métier, je trouvais ça génial. »

Car ici, on est loin de la bijouterie réduite à sa vitrine. Le cœur du métier, c’est l’atelier. Le dessin d’abord, souvent réalisé devant le client. Puis la maquette en métal avant que d’autres savoir-faire prennent le relais : sertissage, gravure ou encore travail de la pierre. Chaque pièce naît d’un échange. Une pierre de famille, une main, une envie deviennent le point de départ d'un bijou imaginé sur mesure.

Travailler « à l’ancienne » ne signifie pas reproduire le passé. Il s’agit plutôt d’en conserver les codes, les proportions et les exigences. La restauration de bijoux anciens impose de comprendre les techniques utilisées à leur époque pour respecter l’esprit de la pièce. Une école du geste qui influence naturellement les créations contemporaines de l’atelier, même si la 3D fait désormais aussi partie des outils.

Et puis il y a Auxerre. Là encore, la surprise a été au rendez-vous. Des clients sont venus de Chablis, Troyes, Orléans, Fontainebleau et même de Paris. Certains profitent désormais d’un séjour en Bourgogne pour pousser la porte de l’atelier. Une cliente américaine découvrant le passage de l’Horloge lui avait lancé : « On se croirait dans un film. »

Derrière l'anecdote se dessine une réflexion plus large. Auxerre pourrait avoir une carte à jouer auprès des artisans d’art et des métiers de niche, capables d’attirer une clientèle qui ne choisit pas une adresse uniquement parce qu’elle passe devant une vitrine. Des ateliers où l’on vient chercher un savoir-faire, une rencontre et une expérience.

Lui en a fait l’expérience : loin de Paris, l’activité a trouvé sa clientèle, tandis que ses salariés pouvaient envisager plus facilement logement et qualité de vie. Une autre façon de regarder le centre-ville : non pas comme une copie miniature des grandes métropoles, mais comme un écrin possible pour des métiers rares.

Et finalement, quoi de plus cohérent pour un bâtiment façonné par des générations d’artisans que de continuer à entendre, quelques siècles plus tard, le bruit des outils et le frottement du crayon sur le papier ?

Emma Miredin

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