
@JeanpaulAllou
Les élections présidentielles de 2027 arrivent à grands pas. Un peu d’histoire et de culture peuvent conduire à une forme de sagesse. Arrêtons de croire que la planète va s’arrêter de respirer puis que la France va élire son nouveau Président. La France compte, hélas, de moins en moins dans les équilibres politiques et économiques du monde…
Choisir un nouveau Président, c’est d’abord mesurer sa capacité à se gouverner lui-même.
Qui devra gouverner les hommes ? Pas celui que le hasard a porté au sommet de l’Etat. Pas celui que la foule acclame. Celui qui a découvert que les certitudes sont trompeuses. Le numérique recompose de soi-disant vérités. Ceux qui aspirent à nous gouverner maitrisent les mots, les images, les émotions. Ils savent provoquer l’adhésion, réveiller les peurs ou faire naitre l’espérance.
Savons-nous encore douter ? Le philosophe, le sage, n’est pas celui qui détient la vérité, mais celui qui la cherche. Il questionne lorsque les autres affirment. Il doute lorsque la foule applaudit, il ralentit lorsque tout s’emballe. Gouverner ne doit pas être une conquête, encore moins une récompense. Décider pour les autres, c’est d’abord avoir appris à se gouverner soi-même. Le véritable souverain n’est pas celui qui croit tout savoir, mais celui qui connait les frontières du savoir. Celui qui écoute avant de répondre, qui préfère la complexité au slogan, le dialogue avant l’affrontement, la vérité inconfortable aux séduisantes illusions. Nos démocraties ne meurent pas seulement lorsque le liberté disparait, elles s’éteignent lorsque les certitudes rassurantes dominent les questions essentielles.
Dans le vacarme des sociétés numériques où l’Intelligence artificielle risque de dominer le monde, l’âme et le cœur des hommes, une voie ancienne revient à la surface : « connait-toi toi-même ». Socrate en est témoin…
La démocratie en question
La démocratie peut s’éteindre dans le silence des habitudes. Elle se dissout le plus souvent dans l’indifférence de ceux qui cessent de croire qu’elle leur appartient. Les Grecs avaient déjà perçu cette fatalité. Aristote rappelait qu’aucun régime politique n’était immortel : « chacun porte en lui sa propre corruption lorsque l’intérêt particulier l’emporte sur le bien commun. La démocratie peut glisser vers la démagogie ». Alexis de Toqueville, observant les jeunes démocraties, entrevoyait un danger encore plus subtile, celui d’un despotisme doux. Les citoyens renoncent peu à peu à la liberté contre la promesse d’une sécurité toujours plus grande. Le pouvoir n’opprime plus, il administre, il contraint plus, il rassure plus. Progressivement, l’homme oublie la quête d’être libre ! Annah Arendt, témoin des totalitarismes du XXème siècle, ajoutait que les démocraties ne succombent pas seulement à la violence, mais aussi à la disparition de l’espace où les citoyens débattent, se rencontrent librement, afin de construire ensemble une vérité commune.
Quand le langage se fragmente en une multitude de certitudes irréconciliables, la cité cesse d’être un monde partagé. Les menaces prennent aujourd’hui des visages nouveaux. Les algorithmes nous enferment dans la mémoire de nos convictions. L’information se dissout dans le tumulte des émotions, et le temps politique se réduit à l’instantanéité des écrans.
Nous votons mais savons-nous encore délibérer ? Nous parlons beaucoup mais nous écoutons de moins en moins. L’effondrement n’est jamais une fatalité. Spinoza voyait dans la démocratie, le régime qui respecte le mieux la puissance créatrice des hommes, lorsqu’ils agissent ensemble. Cette puissance demeure intacte tant qu’existent des citoyens capables de préférer la vérité au confort du mensonge, le dialogue à l’invective, et le bien commun aux passions particulières.
La démocratie ressemble à une constellation. Aucune étoile ne suffit à dessiner le ciel. Mais lorsque plusieurs lumières s’éteignent, la nuit finit toujours par gagner.
Préserver la démocratie n’est pas défendre un régime parmi d’autres, c’est entretenir au quotidien cette fragile lumière qui permet aux hommes de reconnaitre le chemin de leur liberté.
La démocratie doit-elle être remise en question ?
La démocratie est souvent présentée comme un idéal indiscutable. Pourtant, la remettre en question ne signifie pas vouloir la détruire : c’est peut-être, au contraire, chercher à la sauver.
Platon se méfiait déjà d’un régime où le peuple, mal éclairé, pouvait être conduit par les démagogues. Aristote rappelait que tout régime pouvait se corrompre lorsqu’il cessait de servir le bien commun. Bien plus tard, Montesquieu fit de la séparation des pouvoirs une condition essentielle de la liberté : « Pour qu'on ne puisse abuser du pouvoir, il faut que […] le pouvoir arrête le pouvoir. »
La démocratie n'est donc jamais une garantie définitive. Elle peut être affaiblie par l'abstention, la concentration des pouvoirs, la manipulation de l'opinion ou l'indifférence des citoyens. Alexis de Tocqueville voyait déjà le risque d'une « tyrannie de la majorité », tandis que Jean-Jacques Rousseau plaçait la souveraineté du peuple au cœur du contrat politique.
Remettre en question la démocratie, ce n'est donc pas renoncer à la liberté. C'est se demander si le peuple gouverne réellement, si les pouvoirs sont véritablement équilibrés, et si la volonté générale n'a pas été remplacée par les intérêts particuliers.
Une démocratie qui refuse toute critique finit par se figer. Une démocratie vivante accepte le doute, le débat et la contestation. Comme toute œuvre humaine, elle n'est pas parfaite : elle doit sans cesse être corrigée pour rester fidèle à sa promesse première, celle de la liberté et de la dignité de chacun.
C’est quoi un gouvernement ?
Un gouvernement c’est une équipe, le Président, un dirigeant, un animateur (Dans son sens premier : animer, c’est donner une âme). Un gouvernement c’est une équipe, organisée en fonction d’un but, et en interaction avec son environnement interne (Les citoyens, le Parlement, les acteurs sociaux et économiques, la loi, la constitution…) et son environnement externe ( Les traités internationaux, les pays en liens politiques et économiques, le climat…). Le Président devient le facilitateur des interactions et plus celui qui sait faire ou qui fait faire… L’approche systémique nous fait changer de paradigme !
« Le président de la République ne saurait être confondu avec aucune fonction. Il doit être l'homme de la nation tout entière, exprimer et servir le seul intérêt national. » Charles de Gaulle
Jean-Paul Allou

