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Thérèse Brayotel, l’infatigable passeuse entre Joigny et le Bénin

Thérèse Brayotel, l’infatigable passeuse entre Joigny et le Bénin

Ethan Bickle26 février 2026

Depuis trente ans, Thérèse Brayotel tisse un fil invisible entre Joigny et le village béninois de Kilibo. À l’origine simple documentaliste au collège Marie-Noël, elle est devenue la cheville ouvrière de Joigny Baobab.IMG_0444.HEIC

Légende : Thérèse Brayotel s’est rendue neuf fois au Bénin depuis le début du partenariat. Crédit : Ethan Bickle

Tout commence dans une salle de documentation du collège Marie-Noël. À l’époque, Thérèse Brayotel anime un club UNESCO. Une journée « tiers-monde », quelques messages envoyés à l’étranger, et une réponse venue de Kilibo, au Bénin. Le hasard fait bien les choses, un collègue est originaire du village. Le contact est noué.

Les élèves échangent des lettres – pas de WhatsApp ni instantanéité à l’époque. « Les courriers mettaient des semaines à arriver, on les attendait comme un petit trésor », sourit-elle. Les correspondances deviennent amitiés, puis projets. On envoie des livres, du matériel scientifique. Le collège béninois se structure, au point d’être transformé en lycée. L’éducation, déjà, comme moteur. « Quand on a vu que les salles de sciences prenaient vie grâce au matériel envoyé, on s’est dit que ça valait vraiment la peine. » En 2000, Thérèse emmène dix élèves au Bénin. Vingt-deux personnes au total. « Extraordinaire », souffle-t-elle. Les visages rencontrés ne la quitteront plus.

Conteneurs et convictions

À la retraite, pas question d’arrêter. Pour que l’élan survive au club UNESCO, elle crée l’association Joigny Baobab. En vingt-cinq ans, neuf conteneurs prennent la route. Livres, lits d’hôpital, fauteuils roulants, matériel de menuiserie, informatique, tout ce qui peut être utile fait le trajet. « On ne pouvait pas laisser tout ce lien s’arrêter avec mon départ du collège », explique-t-elle.

Puis vient le temps du parrainage étudiant. Jusqu’à 25 jeunes accompagnés chaque année. 240 euros par an pour financer transports, photocopies, petits frais. Aujourd’hui, symbole fort, les premiers étudiants parrainés sont devenus parrains à leur tour. « Ça, c’est notre plus belle réussite, voir les anciens aider les plus jeunes. » En 2010-2011, le partenariat franchit un cap. Il devient jumelage officiel entre Joigny et Ouèssè-Kilibo. Pour Thérèse Brayotel, c’est la reconnaissance d’une fidélité.

L’eau, urgence vitale

Dernier combat en date, l’eau. Le grand lycée de Kilibo, plus de 1.000 élèves, n’a plus d’adduction. Les jeunes marchent un kilomètre et demi pour remplir des bidons, le long d’une route dangereuse. « Les voir porter l’eau sur cette route où passent les camions, c’est insupportable », confie-t-elle.

Alors l’association monte un dossier, forage, château d’eau, trois points de distribution. Coût estimé ? 5 500 euros. Autour d’elle, la présidente mobilise : collège Marie-Noël, jeunes de la Fabrique, mission locale. Une marche solidaire est envisagée. Comme toujours, elle entraîne sans imposer. Comptant 40 adhérents aujourd’hui, l’association cherche un second souffle. De son côté, Thérèse Brayotel commence doucement à « passer la main ». Mais continue de recevoir des nouvelles de ses premiers contacts, trente ans plus tard.IMG_0447.HEIC

Légende : Le drapeau béninois flotte désormais à l’entrée de la ville, sur le rond point des nations. Crédit : Ethan Bickle

Ethan Bickle

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