
Crédit photo Jean-Paul Allou
La rentrée des classes a toujours été une période importante pour tous. D’abord pour les plus jeunes qui découvrent un monde inconnu, pour les parents au seuil de leur propre histoire, pour les enseignants qui doivent transmettre le savoir, et permettre à chacune et chacun de calculer, de lire (Savoir lire c’est comprendre ce que l’on lit et non de respecter la phonétique), et d’écrire correctement. L’Education Nationale et les syndicats d’enseignants sont sur le pied de guerre : la réussite de la rentrée, les conditions de travail, les classes supprimées, les réformes… Alors pour beaucoup, mieux vaut penser aux prochaines vacances de la Toussain !
La rentrée des classes a lieu le même jour pour les 3 zones : 1er septembre. Les enseignants feront leur rentrée le 31 août : rencontrer les nouveaux collègues, prendre connaissance des modifications réglementaires, des consignes impulsées par le chef d’établissement… et parfois une petite collation en clôture, seront au programme.
Un peu de nostalgie
La rentrée des classes, pour certains d’entre nous, c’est l’odeur des cahiers neufs, les encriers installés dans les pupitres, les plumes Sergent-Major, un plumier, un nouveau tablier, le regard sévère d’un Maître prompt à réprimander, les marrons qui tombent dans la cours de récréation… Mais là je vous parle d’un temps que les moins de soixante ans ne peuvent pas connaitre. La nostalgie à ses limites, juste le plaisir de s’offrir un souriant moment de tristesse…
Les périodes scolaires à l’école primaire étaient assez différentes de celles pratiquées actuellement : l’année scolaire débutait le 1er octobre et se terminait le 14 juillet avec donc deux mois et demi de vacances ; cette disposition permettait aux enfants de la campagne d’aider leurs parents agriculteurs à effectuer la moisson et la vendange.
Dans l’année, selon le journal officiel de 1955, les congés scolaires duraient en tout un mois et s’établissaient comme suit :
. Deux jours les 1er et 2 novembre pour la Toussaint et le jour des morts.
. Dix jours à Noël du 23 décembre au soir au 2 janvier inclus.
. Deux semaines à Pâques fixées selon le calendrier liturgique.
. Quatre jours soit à mardi gras ou à la Pentecôte selon les dates du calendrier liturgique.
l'année scolaire comportait 178 jours effectifs de classe contre 162 actuellement (source OCDE)
Il n’existait pas de zones de vacances ; elles étaient inutiles car la plupart des gens ne partaient pas en vacances ou ne partaient qu’une fois, essentiellement en été. Seuls les nantis y allaient plusieurs fois dans l’année, la pratique du ski, par exemple, était considérée comme un sport qu’ils étaient seuls à pouvoir financièrement pratiquer.
La semaine scolaire comportait 6 jours complets à raison de 6 heures de cours par jour, du lundi au mercredi puis du vendredi au samedi, le jeudi était, jour de congé. L’école durait de 8h30 à 11h30 et de 13h30 à 16h30.
En nombre d'heures effectives de classe, l'année scolaire en 1955, en comportait 1068 contre 804 actuellement (source OCDE)
Fuyons-les : « c’était mieux avant », « ils n’apprennent plus rien », j’en savais plus à son âge », … tous ces lieux communs qui entâchent la réalité. « Mieux avant », certainement pas, mais « autrement-différent », le contexte a changé. « Ils n’apprennent plus rien – j’en savais plus…) : grave erreur. Nos enfants apprennent plus de disciplines que nous n’en abordions à leur âge ; ils doivent embrasser plus de domaines que les anciens. De ce fait ils « ratissent grand large » et en conséquence, plus de superficialité que l’exigence d’’origine. Encore plus important, notre jeunesse doit s’adapter à un environnement en constante évolution : l’univers médiatique, la sécurité, la pollution, la pression du consumérisme, des familles qui parfois renoncent à leur rôle d’éducateur, les différences sociales de plus en plus prégnantes, la pauvreté grandissante…
Tout le monde, en France a accès aux livres, c’est heureux , et cela a changé les modes d’apprentissage à l’école. Puis vint le temps d’Internet, des applications capables de donner des solutions aux problèmes posés par les enseignants. Aujourd’hui, l’Intelligence artificielle bouleverse la donne. C’est une révolution pour chacun : élèves et enseignants. Transmettre ce que je peux apprendre dans les livres, inutile, parler de ce que je peux voir sur internet, inutile encore. Tous les modes pédagogiques sont remis en question (Lire « Petite Poucette » de feu Michel Serres ).
La rentrée dans l’Yonne
Les écoles publiques de France hexagonale accueilleront, à la rentrée 2026, près de 110.000 élèves de moins qu'à la rentrée précédente. L'académie de Dijon verra son nombre d'écoliers baisser pour la vingtième année consécutive, avec -2.800 élèves par rapport à la rentrée 2025. Des quatre départements de l'académie, l'Yonne est le plus marqué par la baisse prévue pour la rentrée 2026 avec -759 élèves (-3,1 % des effectifs). Notons que l’Yonne a vu disparaitre 229 classes depuis 2016.
C'est par ce constat alarmant, résultante de la baisse démographique durable que connaît la France depuis plusieurs années, que Jean-Baptiste Lepetz, le directeur académique des services de l'Éducation nationale dans l'Yonne (Dasen), a ouvert sa conférence de préparation de rentrée.
Un taux de 6,73 enseignants pour 100 élèves, parmi les meilleurs de France
Dans ce contexte « d'effondrement démographique », le ministère fait le choix de ne pas supprimer de postes « en proportion de la baisse des effectifs », afin de continuer « d'améliorer les conditions d'enseignement ».
Ainsi, la dotation académique pour les écoles de l'Yonne à la rentrée 2026 affiche une variation de -21 postes par rapport à 2025, « soit un taux d'encadrement de 6,73 enseignants pour 100 élèves » (6,62 pour 100 à l'échelle de l'académie de Dijon). Ce taux d'encadrement permet, au département de l’Yonne d'atteindre un nombre moyen d'élèves par classe inférieur à 20 à la rentrée (Contre 21 pour le moyenne nationale).
Entre suppressions de postes et calendrier resserré, les syndicats dénoncent une carte scolaire 2026 "à marche forcée" dans l'Yonne.
Deux constats : une situation démographique qui verra près d’un million de scolarisés en moins d’ici 2035, et qu’il est toujours imprudent de juger l’histoire à l’aulne du présent. C’est un crime de lèse culture…
« Il faudrait comprendre que le rôle de l'école est d'apprendre aux enfants ce qu'est le monde, et non pas leur inculquer l'art de vivre. » Hannah Arendt
Jean-Paul Allou

