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Le syndrome de Diogène, une pathologie en hausse dans l’Yonne

Le syndrome de Diogène, une pathologie en hausse dans l’Yonne

Ethan Bickle6 février 2026

Dans le département, les professionnels du nettoyage extrême et de la désinfection constatent une hausse des situations, souvent découvertes trop tard. Un enjeu de santé et de société encore largement sous-estimé.

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Légende : Le syndrome de Diogène peut se manifester après un évènement de rupture, deuil, maladie, dépression… (Crédit : Charles s’en charge)

Le syndrome de Diogène ne se résume pas à l’image d’un logement sale ou abandonné. Il s’agit d’un trouble du comportement sévère, marqué par une accumulation excessive d’objets, un refus de jeter, un isolement progressif et, surtout, un déni total de la situation. La personne concernée ne se perçoit pas comme malade et refuse généralement toute aide. Selon les données médicales, le syndrome toucherait une personne sur 2.000. Un chiffre probablement sous-évalué. « Ce sont des situations qui peuvent durer des années sans que personne ne s’en rende compte », observe Dominique Huet, dirigeant d’ANS 3D, entreprise spécialisée dans la dératisation, la désinfection et le désencombrement régulièrement appelée à intervenir dans l’Yonne. Contrairement aux idées reçues, toutes les situations ne relèvent pas de l’insalubrité extrême. « On a déjà vu des logements remplis du sol au plafond, mais propres. Des piles de journaux, des cartons, des objets soigneusement rangés », explique-t-il. Des formes moins visibles, qui retardent encore davantage le repérage de la maladie.

Dans l’Yonne, des situations en augmentation

Sur le terrain, les professionnels constatent une augmentation des interventions liées au syndrome de Diogène, notamment depuis la crise sanitaire de la Covid. « On en avait avant, mais depuis la Covid, on voit beaucoup plus de solitude, beaucoup plus de laisser-aller », constate Dominique Huet. Isolement prolongé, rupture du lien social, fragilité psychologique, autant de facteurs aggravants.

Une augmentation, qui a même poussé des entreprises à se lancer dans le domaine. « J’ai commencé Charles s’en charge car j’ai remarqué qu’il y avait un réel besoin. Aujourd’hui mon emploi du temps est comblé jusqu’à l’été », explique Charles Hanne, créateur de Charles s’en charge entreprise de nettoyage extrême et de désencombrement. Dans la majorité des cas, l’alerte est donnée tardivement. « Souvent, j’interviens quand la personne est hospitalisée, placée, ou parfois après un décès », poursuit-il. Lorsque la personne est encore présente, l’intervention est délicate. « Toucher à ses affaires, c’est toucher à son équilibre. Pour elle, ce n’est pas du désordre, c’est sa vie. » Même constat pour Dominique Huet. « On entre dans l’intimité des gens. Il ne faut jamais juger. Si on juge, on se trompe de métier. »

Un enjeu sanitaire et humain pour le territoire

Lorsque l’accumulation devient massive, les conséquences dépassent la sphère privée. Risques de chutes, d’incendie, problèmes sanitaires ou dégradation des logements, le syndrome de Diogène devient un enjeu collectif, mobilisant services sociaux, bailleurs, collectivités et professionnels spécialisés. « Il y a des appartements où tout est mort, il n’a rien à rattraper. Les sols, les murs, les plafonds… On désinfecte, mais parfois, il faut tout refaire », explique Dominique Huet. Pour autant, le nettoyage ne constitue qu’une réponse d’urgence. « Nous, on enlève les objets. Mais le syndrome de Diogène, ce n’est pas nous qui le soignons », insiste-t-il. Sans accompagnement médical et social, les rechutes sont fréquentes.

Pour Charles Hanne, la clé réside dans la prévention. « Plus on intervient tôt, plus c’est gérable. Quand on arrive trop tard, c’est violent pour tout le monde. » Repérer les signaux faibles — isolement soudain, accumulation inhabituelle, refus de visites — permettrait d’éviter que la situation ne bascule.

Ethan Bickle

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