Du boulot plus qu’il n’en faut mais pas de recrutements ?

« Intéressante enquête que celle révélée par Pôle Emploi sur les besoins en main d’œuvre des entreprises. Les intentions d’embauche sont en forte augmentation pour 2022. Mais, paradoxalement, les recrutements sont jugés difficiles par les employeurs à hauteur de 60 % des projets. Curieux dilemme, en somme, qui est le reflet du rejet de la valeur travail dans la France actuelle ? ». « Intéressante enquête que celle révélée par Pôle Emploi sur les besoins en main d’œuvre des entreprises. Les intentions d’embauche sont en forte augmentation pour 2022. Mais, paradoxalement, les recrutements sont jugés difficiles par les employeurs à hauteur de 60 % des projets. Curieux dilemme, en somme, qui est le reflet du rejet de la valeur travail dans la France actuelle ? ». Crédit Photos : Thierry BRET et D.R.

Il est utopique de croire qu’il suffirait de traverser la rue de manière machinale pour dénicher le job de ses rêves ! Loin de la métaphore médiatique, usitée en son temps par la présidence de la République, ce serait donc illusoire de penser cela, au premier degré.

Même si l’embellie observée depuis plusieurs mois sur le volet de l’employabilité s’avère exacte, tout n’est pas aussi simple que cela dans l’Hexagone. A commencer par le recrutement, lui-même, qui représente un cap liminaire essentiel pour tenter d’accroître les effectifs dans les entreprises en s’appuyant sur de réelles compétences.

Du travail, il y en a en France. Presque à la pelle. Ce n’est un secret de Polichinelle pour personne. D’ailleurs, les premiers à le rappeler avec moult campagnes de communication et d’animations sur le terrain sont les collaborateurs de Pôle Emploi, l’opérateur public de référence en la matière.

La dernière enquête fournie par ses soins se rapportant aux « besoins en main d’œuvre » des entreprises de notre territoire le stipule, chiffres et analyses à l’appui. Les intentions d’embauche sont en forte augmentation aux quatre coins du pays, et la région de prédilection qui nous est chère, cette Bourgogne Franche-Comté qui demeure l’une des contrées les plus industrielles de France, ne l’oublions pas, ne s’exonère pas de ses perspectives très encourageantes.

L’argument, celui de la réduction du chômage, aura été l’une des énièmes sources de contradiction lors du récent débat de l’entre-deux tour entre les ultimes prétendants à la chaire de l’Elysée. L’une arguant que jamais le chômage n’avait atteint de tels sommets de progression dans notre pays ; l’autre se satisfaisant de la baisse considérable de celui-ci et de sa parfaite maîtrise, promettant le retour au plein emploi en cas de réélection.

Or, si l’on se fie aux commentaires avisés du BIT (Bureau International du Travail), organisme d’évaluations statistiques faisant foi dans le giron des spécialistes de la sociologie, les derniers indicateurs en notre possession illustrent bien la courbe descendante du chômage en France constatée au quatrième trimestre 2021, plaçant le taux à 7,4 % en France.

 

 

Plus de 105 000 projets d’embauche sur la seule région Bourgogne Franche-Comté…

 

Bref, du quasi jamais vu dans le pays de Molière depuis plus de quatre décennies et un réel motif d’espérance pour tous ces jeunes, sortis du milieu scolaire de s’intégrer plus facilement dans la vie active. Ce qui est loin d’être une mince affaire, convenons-en !

Primo, la crise sanitaire et sa progressive éradication pourraient bientôt n’être plus qu’un lointain souvenir parmi les consciences.

Deux années après le début de la pandémie, qui aura vu éclore un véritable tsunami dans l’approche professionnelle de nos concitoyens avec le développement du télétravail, un changement de mentalité évident quant au poids de la valeur travail dans notre société, et la perte par milliers de postes qui se sont évaporés dans la nature – 144 000 suppressions d’emploi pour la seule filière de l’hôtellerie-restauration -, il est logique de remonter à la surface. Tel un nageur ayant touché le fond de la piscine.

 

 

Secundo, des pans entiers de l’activité économique (le tourisme, la culture, les loisirs, les métiers de bouche, les services…) renaissent de leurs cendres comme un Phénix qui se serait brûlé les ailes.

Un exemple concret qui justifierait cet élan d’optimisme ? Les chiffres publiés par cette enquête émanant de Pôle Emploi. Interrogées au terme de l’année 2021, les entreprises de Bourgogne Franche-Comté et de l’Yonne font montre d’un réel optimisme avec plus de 105 000 projets d’embauche qui sont annoncés en 2022. Soit un regain de + 11,8 % par rapport à l’année antérieure.

Et, naturellement, ce sont les acteurs économiques qui évoluent sur les secteurs des services qui sont les plus recruteurs en ce début d’année, avec 50 % des embauches annoncées, ne serait-ce que pour le seul territoire de l’Yonne, versus 53 % en Bourgogne Franche-Comté.

 

 

Des postes à pouvoir en pagaille mais pas de candidats à mettre en face…

 

On nagerait presque dans le bonheur, à la lecture de ces éléments analytiques, précis et complets sur les réelles intentions d’embauche des entrepreneurs de la région. Aux services, il est judicieux d’y adjoindre les fonctions liées à la vente, au tourisme, mais aussi les métiers des filières de l’agriculture, de l’industrie, voire les postes à pourvoir dans les secteurs du social et du médico-social. Un ersatz de plein emploi évoqué par cette feuille de route ?

Oui mais, aussi paradoxal que cela puisse paraître à l’énoncé du problème, il y a un sérieux hic ! Comme toute médaille qui possède son revers, les louables intentions d’embauche en cascade programmées sur 2022 révèlent aussi que les failles dans le recrutement sont profondes et inquiètent les chefs d’entreprise. 60 % de ces patrons sondés pour les besoins de ce panel jugent délicats, pour ne pas dire plus, ces actes de recrutement. Un comble alors qu’il n’y a jamais eu autant de jobs à pourvoir en France et des aides qui sont distribuées par l’Etat via les plans de relance et à la formation. Ne parlons pas du million de postes à décrocher dès à présent dans l’industrie et dans la filière de l’agriculture !

Question qui nous turlupine donc l’esprit : mais où sont passés les postulants à toutes ces offres qui s’accumulent chez Pôle Emploi ?

 

 

Justement, le spécialiste du marché de l’emploi en France ne reste pas les deux pieds dans le même sabot. Loin s’en faut !

Si le site national de l’opérateur (www.pole-emploi.fr) accueille plus de 42 millions de visites par mois, si les 900 agences de proximité en France reçoivent les personnes en quête du Graal, il est bon de rappeler que différents outils existent pour accompagner les entreprises dans leurs projets de recrutement. Les actions de formation préparatoires à l’emploi s’additionnent aux opérations spécifiques, à l’instar de « Tous Mobilisés » qui se déclinent chaque semaine dans les agences afin de promouvoir des métiers et leurs formations en présence des employeurs. Dernier concept judicieux, en date : l’immersion du demandeur d’emploi au sein d’une entreprise pour lui faire découvrir un métier ou valider un projet professionnel.

Alors, où se situe vraiment le problème de cette pénurie de recrutements, hormis celui de l’employabilité des seniors (selon les codes de l’INSEE dès l’âge de 45 ans en France) rejetée de manière quasi systématique par les entrepreneurs pour d’autres raisons que celles de la qualification et du manque d’expérience ?

La France de 2022, au sortir de la crise sanitaire, aurait-elle déplacé la valeur travail vers les oubliettes de l’existence ? Pour ne rendre vertueux que les principes de l’oisiveté ?!

 

Thierry BRET

 

 

 

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